RENAUD – Biographie

Renaud Pierre Manuel Séchan naît le 11 mai 1952, dans le quatorzième arrondissement de Paris. Son père est professeur et écrivain, et sa mère femme au foyer a fort à faire avec leurs six enfants. L’enfance de Renaud est assez calme, hébergée par un immeuble de l’avenue Paul-Appell, dans un milieu intellectuel de gauche fortement marqué par le passé communiste du grand-père maternel. Seule l’école lui pose des problèmes, puisqu’il redouble sa troisième et est renvoyé du lycée Montaigne à cause de ses notes catastrophiques. Il faut dire que déjà Renaud a la tête ailleurs, les yeux braqués sur le monde et la politique, et s’implique dans le Comité du Viêt-nam de son lycée et dans les « Amitiés franco-chinoises ».

Il fête ses seize ans en plein Mai 68, sur les barricades de Paris, rejoint le CRAC (Comité Révolutionnaire d’Agitation Culturelle), puis fonde son propre mouvement, le groupe « Gavroche Révolutionnaire ». C’est l’époque de sa première chanson (intitulée « Crève salope ! »), scandée dans une Sorbonne occupée par les étudiants.
L’été venu, Renaud suit sa génération dans les accueillantes fermes des Cévennes, et regarde pousser les chèvres et trayant le gazon, à moins que ce ne soit l’inverse …. Puis c’est la Bretagne en auto-stop, ainsi que des aller-retours rapides à Amsterdam pour se « réapprovisionner ».
A la rentrée au lycée Claude Bernard, dans le seizième arrondissement huppé, Renaud passe d’un milieu ouvrier gauchiste à un environnement bourgeois de droite. Cela ne l’empêche pas de créer le groupe Ravachol et d’orner les murs de son nouveau lycée de slogans pour la paix au Vietnam. Le reste du temps, il sèche les cours et va retrouver ses amis du lycée Montaigne au café Bréa, près de Montparnasse. En mars 1969, il décide de mettre un terme à cette scolarité dont il n’a que faire.

C’est le début d’une longue série de petits boulots, allant du libraire à Saint-Michel (à la Librairie 73) à la vente en porte à porte de revues pornographiques, en passant par le service et la plonge dans des cafés. Son travail à la Librairie 73 lui permet de découvrir toute une littérature qu’il n’a pas eu la chance d’étudier en cours. Il dévore les œuvres de Vian, Bruant, Céline, Maupassant, Prévert. Son amour pour les textes provocateurs s’en trouve renforcé.
Avec l’argent gagné dans ses boulots, Renaud s’offre sa première moto, une BSA 350, qu’il gardera six mois. C’est ensuite une Honda 250 qu’il étrenne grâce à un prêt de ses parents. Elle lui fera un an. C’est à cette époque qu’il commence à fréquenter les bandes de motards des banlieues parisiennes, souvent louches, qui passent leur temps en bastons et qui lui proposent même de participer à des casses, ce qu’il trouve ridicule.

En 1971, Renaud rencontre Patrick Dewaere et Dominique Morin en vacances à Belle-Ile. Ses histoires politiques et drôles leur plaisent, et il se voit proposé un travail de comédien au Café de la Gare. Il y fait donc ses débuts dans la pièce « Robin des quoi ? » de Romain Bouteille.
Pour arrondir les fins de mois, Renaud et son ami Michel font la manche en chantant des airs du répertoire des guinguettes parisiennes, en s’accompagnant à l’accordéon. Paul Lederman (le producteur de Coluche, qui joue son premier one man show au Café de la Gare) les repère dans la cour de la salle de spectacle, et les engage en 1973 au Caf’ Conc, sous le nom des « P’tits Loulous ». En 1975 Renaud continue seul sur la scène du Caf’ Conc, et c’est là que Jacqueline Herenschmidt le découvre. Productrice artistique pour la maison de disques Polydor (label Wha-Wha musique), elle lui propose d’enregistrer un album. C’est donc en cette année 1975 que « Amoureux de Paname » voit le jour, premier d’une longue série. On ne peut pas dire que le succès fut immédiat, puisque pour Europe 1, « c’est de la merde », et pour France Inter le disque est tout simplement interdit d’antenne. Deux mille copies s’écoulent tout de même, à la sortie des concerts du chanteur à la Pizza du Marais, dont il arpente les planches pendant trois semaine du mois de juin 1975.

Jusqu’en 1977, Renaud continue à chanter dans de nombreuses M.J.C., tout en travaillant comme mécano (ce qui lui permet de se consacrer à sa passion pour les deux-roues). Il joue dans « Le secret de Zonga », une pièce de Martin Lamotte, chez « La veuve Picard ». Il trouve tout de même le temps de composer de nouvelles chansons, qui sortent sur l’album « Laisse béton » (« Place de ma mob ») en septembre 1977, et d’adapter son look à l’air du temps. Fini le Renaud Gavroche du Paris d’avant-guerre, place au loubard en perfecto. La zone est son territoire, qu’il arpente fièrement campé sur sa moto.
Cette fois-ci le public accroche aux chansons anarchistes de l’artiste, et l’album se vend très bien (plusieurs centaines de milliers d’exemplaires). Pour la première fois, Renaud participe au Printemps de Bourges en avril 1978 avec son groupe Oze. Il joue aussi au Théâtre de la Ville de Paris, à Sens et à Guéret (en première partie de Marie-Paule Belle) pour la fête de l’Humanité en mai.

Dès janvier 1979, Renaud retrouve le chemin du Studio des Dames pour enregistrer son troisième album, « Ma gonzesse », avec la participation de Jacques Bedos comme directeur artistique. Cet album est bien évidemment dédié à celle qui est devenue sa compagne en 1977, Dominique, ex-femme de Gérard Lanvin. Les sentiments personnels de Renaud apparaissent ici au grand jour, et 450 000 auditeurs découvrent un cœur tendre sous le blouson noir.
Renaud retourne au Théâtre de la Ville, du 13 au 17 mars 1979, avant de partir pour le Printemps de Bourges en avril, puis Marseille et Lyon en novembre.
Rebelotte en 1980, avec la sortie de « Marche à l’ombre » en janvier. On assiste à la création du personnage de Gérard Lambert, véritable icône de sa banlieue malade de la violence. Ce ne sont pas moins de 650 000 passants que la clé à molette de Gérard vient fracasser. Renaud entame le 11 mars un mois de concert à Bobino, qui sera immortalisé sur les albums « Live à Bobino » et « Le p’tit bal du samedi soir » qui sortent la même année. En novembre Renaud joue à Lyon, puis s’expatrie pour la première fois et va chanter dans la belle ville de Québec.

1980, Renaud est papa d’une petite Lolita. Pour parrain, le pote de toujours, Coluche.
En 1981, Renaud continue sur sa lancée et s’attaque à tous les supports. Il écrit l’hymne « Viens chez moi j’habite chez une copine » pour le film du même nom de Patrice Leconte, s’associe à Jacques Armand pour transcrire les aventures de Gérard Lambert en bandes dessinées, et sort un nouvel album (« Le retour de Gérard Lambert », 600 000 exemplaires vendus) qui poursuit les objectifs de critique sociale de l’artiste. Dans « J’ai raté Télé Foot », Renaud parle de sa fille, Lolita, qui deviendra un des personnages principaux de ses chansons par la suite, lui offrant un regard innocent mais incrédule sur le monde. C’est aussi la fin du personnage de loubard, remplacé par le père souhaitant avant tout protéger sa fille tout en lui apprenant à quel point notre société est moche.
Cet album est suivi par une série de concerts, à La grande Motte, Amiens, Hyères, Avignon et Genève. Pour fêter la nouvelle année 1982, Renaud investit l’Olympia le 5 janvier. Puis en mars il se rend pour un soir au Hall Tivoli à Strasbourg. La série de concerts de l’Olympia fait l’objet d’une disque, « Un Olympia pour lui tout seul », qui permet à 500 000 « spectateurs » de se retrouver dans la salle mythique au côté de leur idole.
La même année, Renaud cède à une de ses passions de toujours et s’offre un bateau, un « fameux trois-mâts », et se lance dans la plaisance.

Il ne revient à terre qu’en septembre 1983 et ramène un nouvel album dans ses filets, « Morgane de toi ». Il en vendra 1,5 millions d’exemplaires ! On y retrouve son amour de la mer (« Dès que le vent soufflera ») et surtout le tube « Morgane de toi », dont le clip est réalisé par Serge Gainsbourg en personne.
La tournée qui suit permet à Renaud d’entrer dans les mémoires, en inaugurant le Zénith de Paris flambant neuf par une série de concerts du 17 janvier au 5 février 1984. La tournée continue ensuite dans le reste de la France, pour s’achever le 8 septembre à la Fête de l’Humanité. Puis c’est le Québec en octobre et novembre (où Renaud a décidément beaucoup de succès, malgré certains soucis de traduction de ses expressions) , et un réveillon sur son bateau.

L’année suivante, Renaud est sur tous les fronts. En janvier il aide Greenpeace à occuper les locaux de la Japan Airline sur les Champs Elysées à Paris, afin de protester contre la décision du gouvernement japonais d’autoriser la chasse à la baleine pour un an. Résultat quelques heures au commissariat et beaucoup de publicité pour Greenpeace. Quelques mois plus tard il collabore avec Valérie Lagrange et Franck Langolff pour écrire une chanson sur l’Ethiopie qui meurt de faim. Les « Chanteurs sans frontières » vendront deux millions de 45 tours pour la bonne cause, et le 2 juin Coluche remet un chèque de 10 millions de francs (1.5 million d’euros) au président de Médecins sans frontières.
En juillet, Renaud se rend à Moscou, invité par les Jeunesses communistes françaises pour un concert qu’il croit banal. Il finira par jouer devant des membres du Parti communiste, qui quittent la salle en plein spectacle. Dégoûté et trompé, le chanteur s’éloigne un peu plus de la politique et des partis traditionnels.
C’est à cette époque qu’il quitte sa maison de disques Polydor et s’en va signer chez Virgin pour cinq albums (et pour un montant avoisinant les 400 millions de francs soit 61 millions d’euros selon la presse). A la clé plus de moyen pour réaliser ce qui lui tient à cœur, ce qui se voit de suite avec l’enregistrement entre les Etats-Unis (Los Angeles) et Paris de « Mistral gagnant », qui sort fin 1985. L’album est disque de platine au bout de dix jours dans les bacs, et c’est au total un million et demi d’exemplaires qui sera vendu. Renaud fête cela avec un deuxième marathon d’un mois au Zénith, du 21 février au 29 mars 1986. La machine commerciale ne s’arrête pas là, puisque l’album « live » de la tournée se vend lui aussi à un million d’exemplaires.

En 1987 Renaud voyage : en Afrique du Sud où il rencontre Johnny Clegg, en Espagne, au Portugal et en Allemagne où il donne de nombreux concerts. Dans ses bagages il ramène une vision personnelle et réaliste des problèmes du monde : Renaud s’internationalise, mais conserve ses thèmes de prédilection et sa vindicte. Ces nouvelles préoccupations internationales du chanteur se retrouveront d’ailleurs l’année d’après sur l’album « Putain de camion » et par la suite sur « Marchand de cailloux » (en 1991).
La mort de Coluche dans un accident de moto impliquant un camion est bien sûr au centre de « Putain de camion » en 1988, qui se vend moins bien que ses prédécesseurs (750 000 albums « seulement ») et que viendra compléter le désormais inévitable Zénith en octobre 1988.

Renaud revient sur le devant de la scène en 1991, avec son album « Marchand de cailloux » enregistré en Angleterre. Perte de vitesse pour le chanteur, puisque 650 000 exemplaires se vendent. La tournée en 1991 et début 1992 l’emmènera notamment au Casino de Paris.
Puis Renaud traverse l’écran et joue dans le « Germinal » de Claude Berri, rôle que l’on dirait taillé pour lui. C’est l’occasion pour Renaud de retrouver le nord de la France, patrie de ses ancêtres du côté maternel, ouvriers et mineurs. Ces retrouvailles sont officialisées par le disque « Renaud cante el’Nord » qui sort en 1993, où Renaud chante en chtimi (le patois du Nord).
L’année d’après, Renaud retourne en studio, mais pas à l’autre bout du monde, tout simplement chez lui. C’est en effet à la maison qu’est enregistré « A la belle de mai » qui sort en novembre. Les ventes continuent à baisser avec 500 000 albums vendus. La même année, Renaud publie aux éditions du seuil ses chroniques réalisées pour Charlie Hebdo, sous le nom de « Renaud bille en tête ».

En 1995, la guerre dans les pays de l’ex-Yougoslavie fait rage. Renaud se rend en Bosnie Herzégovine pour huit jours de concerts. En mai il est sur la scène de la Mutualité à Paris, pour fêter la sortie de son dernier album, mais aussi la parution de deux best-of (« The meilleur of Renaud » et « The very meilleur of Renaud« , qui permettent à 800 000 personnes de redécouvrir Renaud) et de l’intégrale de ses vingt albums dans un coffret unique. Renaud appartient désormais à la légende de la chanson française !
Pourtant il ne s’endort pas sur ses lauriers, et rend hommage en 1996 à son maître de toujours, Georges Brassens, à travers l’album « Renaud chante Brassens« . 250 000 personnes se souviennent avec lui des mélodies et des textes de Brassens, sans compter celles qui le suivent au cours des cent cinquante concerts qui suivent dans toute la France et dont Renaud ramènera l’album live « Renaud Paris / Province ».
Fin 1996, la suite des chroniques de Charlie Hebdo voient le jour dans « Envoyé spécial chez moi », aux éditions Ramsay.
En 1997, c’est en Allemagne et en Irlande que Renaud va prouver son talent sur scène, avant de retomber dans le silence.

Silence dont il sort en 1999, pour une série de concerts acoustiques intitulée « Une guitare, un piano et Renaud » qui s’étale jusqu’en 2000, et pour un nouveau best-of « L’absolutely meilleur of Renaud« .
En 2001 Renaud reçoit une Victoire de la musique d’honneur pour l’ensemble de son œuvre, distinction qui arrive alors que Renaud est personnellement au creux de la vague.
Ses peines personnelles, l’artiste les exorcise avec l’album « Boucan d’enfer » qui paraît en 2002. S’ensuit alors une immense tournée française, marquée de nombreux temps forts. Ainsi le 14 décembre 2002, Renaud invite José Bové sur scène en signe de solidarité avec les « Dix de Valence », inculpés pour avoir détruit des plantations d’organismes génétiquement modifiés (OGM). Le reste de la tournée permet de voir Mickey 3D en première partie, ainsi que le duo Renaud – Axelle Red sur le titre « Manhattan Kaboul ». Le 28 avril 2003, Renaud enregistre le concert donné à Lille, en vue d’en faire un album ainsi qu’un DVD live, qui sortent fin 2003.

A 51 ans, Renaud semble donc bien reparti malgré ses problèmes de couple et d’alcool, préférant la musique à la déchéance solitaire. Souhaitons-lui une carrière aussi bien remplie et aussi longue que celle qu’il a derrière lui !

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