Renaud – Boucan d’enfer

2002 – Virgin france, B0000664KM (1 CD) – 14 titres – 52:00 min

  1. Docteur Renaud, Mister Renard
  2. Petit Pédé
  3. Je vis caché
  4. Coeur Perdu
  5. Manhattan Kaboul
  6. Elle a vu le loup
  7. Tout arrêter
  8. Baltique
  9. L’entarté
  10. Boucan d’enfer
  11. Mon nain de jardin
  12. Mal barrés
  13. Corsic’ Armes
  14. Mon bistrot préféré

Enregistré et mixé aux XXème et XXIème siècles (hiver 2000-2001 puis hiver 2001-2002) aux studios ICP à Bruxelles ; prise de son et mixage : Phil Delire ; mastering : Studios Abbey Road (Londres) par Nick Webb ; Assistants réalisation : Phil Delire et Jean François Berger ; Arrangements et réalisations : Jean-Pierre Bucolo.

Renaud (chant, choeurs), Jean-Pierre « Titi » Bucolo (guitares, choeurs), Dominique Grimaldi (basse), Claude Salmieri (batterie), Alain Lanty (piano, choeurs), Jean François « Tintin » Berger (claviers, écriture et direction des cordes et cuivres), Denis Benarrosh (percussions), Gwenaël Micault (accordéon, bandonéon), Pierre Fiddle (violon Fiddle), Mick Larie (mandoline), Els Lagasse (choeurs), Ann de Larminat (choeurs), Axel Red (chant sur « Manhattan Kaboul »), Titouan Lamazou (illustrations et photos)

Voici donc le nouvel album de Renaud ! On avait déjà pu entendre quelques unes de ces nouvelles chansons en concert lors de sa dernière tournée (notamment « Elle a vu le loup »). Et là on tient enfin la galette tant attendue et …. ça ne le fait plus du tout !! Il est bien loin le temps du Renaud vindicatif qui critiquait son beauf et sa banlieue pleine de loubards, toujours prêt à en découdre à coups de chaînes. Il s’est bien calmé (ce qui n’est pas un crime en soi), mais tombe en plus dans la récupération de l’actualité. Il enchaine alors les chansons consensuelles (« Petit Pédé », « Manhattan Kaboul ») et les fausses provocations (« Docteur Renaud, Mister Renard »). Alors oui bien sur il écrit toujours aussi bien, mêlant langage familier et poésie, oui ses mélodies sont toujours aussi accrochantes, mais non cet album est trop mièvre pour moi. De plus la voix de Renaud a bien changé, usée sans doute par l’alcool et la cigarette, et ce changement n’aide pas non plus à rentrer dans l’album. J’ai parfois l’impression de l’entendre bêler …

Mais reprenons dans l’ordre de l’album :
– « Docteur Renaud, Mister Renard » : Renaud joue sur son ambivalence « méchant qui fait peur aux bourgeois » / « mec bien ». Un titre que je trouve limite auto-glorificateur. Je veux bien que Renaud ait vécu des moments difficiles dernièrement dans son couple, mais ses chansons ne l’aideront pas, et pourtant il en parle de son histoire (voir aussi « Boucan d’enfer » et « Coeur Perdu »).
– « Petit Pédé » : une chanson sur la tolérance, avec un sujet (l’homosexualité) sur lequel beaucoup a été dit, et qui n’apporte pas grand chose.
– « Manhattant Kaboul » : un duo avec Axelle Red, absolument atroce. Le thème est bien evidemment la guerre contre le terrorisme en Afghanistan, et la chanson montre bien les dégâts qu’elle occasionne des deux côtés, et l’inutilité de la violence. Alors oui dénoncer la violence et la haine, c’est bien, mais pas dans une chanson dégoulinante de bons sentiments, où même Axelle Red ne sait pas comment placer sa voix. Et puis comment critiquer le terrorisme dans un titre quand on soutient les Corses et leurs explosifs deux chansons plus loin ?
– « Elle a vu le loup » : aucun intérêt, mièvre à souhait, une vraie berceuse.
– « Corsic’ Armes » : l’histoire d’un Corse, abattu dans le maquis. Je ne comprends plus le message de Renaud sur la violence et la différence qu’il y a pour lui entre jouer au « Robin des Bois » et le terrorisme.

Bon je suis de mauvaise foi, je ne parle que des morceaux que je n’aime pas ! Les autres sont sympathiques mais ne présentent rien de transcendant non plus. On peut noter une chanson qui se veut cinglante sur Bernard Henri Levy (« L’entarté ») et une sur le chien de Miterrand (« Baltique »). Donc Renaud n’a rien renié de ses opinions politiques au moins !

Voilà c’est mon opinion et elle n’engage que moi, mais j’attend vos réactions :)

Les dernières nouvelles discographiques de Renaud remontaient à 1996 ; et encore, il ne s’agissait que d’un album hommage : « Renaud chante Brassens ». Il faut donc remonter à 1994 pour retrouver Renaud l’auteur avec « A la belle de mai ». Le retour de l’artiste était donc très attendu. On le savait mal en point, dépendant de l’alcool et dépressif depuis sa séparation et la mort de son ami Coluche. C’est donc avec émotion et indulgence que son public l’a retrouvé sur scène en 1999 et en 2000. Voix abîmée, visage défait… c’est tout de même avec chaleur qu’il a été accueilli. Le nouvel album « Boucan d’enfer » a lui aussi été accueilli comme un retour à la vie. Le public semble aimer le concept de l’artiste « humain », celui qui réapparaît après avoir touché le fond et qui ose en parler. Il y a peut-être un certain voyeurisme là-dedans et sans doute certaines personnes ont-elles acheté le disque pour « savoir ce qu’un homme aussi mal barré allait être capable de sortir » ! Mais il y a surtout ceux qui ont acheté l’album par sympathie, parce qu' »un mec sympa qui essaie de remonter la pente après avoir touché le fond mérite du soutien ». Et apparemment, de nombreux journalistes ont suivi le mouvement, à coup de critiques élogieuses et d’interviews qui donnent envie de pleurer.

Mais qu’en est-il de la valeur intrinsèque de l’album ? On a finalement du mal à faire la part des choses entre l’exploit personnel et ce que vaut vraiment le disque… dout doute parce que l’un est indissociable de l’autre et que « Boucan d’enfer » ressemble plus à un disque-thérapie qu’à une oeuvre sublime. Si on sort les chansons évoquant l’alcool et la rupture, bref cette période noire pour Renaud-l’homme, il ne reste que quelques titres qui donnent l’impression de retrouver Renaud-l’artiste. Et dans ces quelques titres, on trouve pas mal de clichés : le jeune homo qui monte à Paris pour fuir les mauvais regards provinciaux (« Petit Pédé »), la petite fille afghane et l’immigré américain qui meurt tous deux de la violence et de la bêtise humaine (« Manhattan Kaboul »). Ajoutons à cela un titre en forme d’attaque personnelle féroce et finalement stérile contre Bernard-Henry Lévy et sa chère et tendre Arielle Dombasle (« L’entarté »)… sans grand intérêt tout ça ! Le tout nous est servi sur des compos taillées pour la bande FM, qui s’écoutent bien mais sans grande profondeur. Ce sont surtout les compos les plus acoustiques, les plus simples, au piano ou à la guitare, qui mettent vraiement en valeur les mots de Renaud.

L’auteur fait tout de même un vrai retour sur certains titres, avec quelques jolis vers. Personnellement, j’attribuerais une mention spéciale à « Baltique », « Mon nain de jardin » ou encore « Boucan d’enfer ». C’est très bien écrit, avec beaucoup d’esprit et de justesse. Alors, oui, il y a du bon sur cet album ; et oui, il y a aussi du nettement moins bon. « Boucan d’enfer » manque de régularité, d’unité et on peut facilement le compendre quand on sait dans quelles conditions Renaud a écrit ces textes. Maintenant que l’artiste est de retour, peut-être nous livrera-t-il bientôt un album d’un niveau au-dessus…

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