Renaud – Putain de Camion

1988 – Virgin, 258970 (1 CD) – 12 titres – 51:33 min

  1. Jonathan (Renaud Séchan)
  2. Il pleut (Renaud Séchan)
  3. La mère à Titi (Renaud Séchan)
  4. Triviale poursuite (Renaud Séchan)
  5. Me Jette pas (Renaud Séchan)
  6. Rouge gorge (Renaud Séchan)
  7. Allongés sous les vagues (Renaud Séchan)
  8. Cent ans (Renaud Séchan)
  9. Socialiste (Renaud Séchan)
  10. Petite (Renaud Séchan)
  11. Chanson dégueulasse (Renaud Séchan)
  12. Putain de camion (Renaud Séchan)

« Jonathan » entame l’album, avec l’histoire d’un guitariste dans le ghetto de Soweto, dont Renaud se rapproche en comparant leurs combats respectifs. Cette préoccupation reflète le voyage qu’il a fait l’année d’avant en Afrique du Sud et la promotion réalisée en France depuis son retour autour de Johnny Clegg. Renaud mondialise de plus en plus sa lutte, soit parce que la détresse des autres pays le fait réagir, soit tout simplement pour renouveller un peu ses thèmes. Toujours est-il qu’il parle ici (et aussi sur « Triviale Poursuite ») de la misère et de l’oppression, qu’elle soit africaine, palestinienne, kanak ou autre.

Retour à un thème plus joyeux avec « La mère à Titi », surement le morceau le plus connu de l’album. Une mélodie qui accroche, une sympathique description d’un apprenti-chanteur qui vit encore chez sa mère.

Avec « Rouge gorge », Renaud revient à une musique dans le style de ses premiers morceaux (« Amoureux de Paname » ou « Ecoutez moi les gavroches »), pour parler à nouveau de Paris, qui a bien changé depuis les débuts de Renaud. Gavroche ne reconnait plus sa ville natale.

De même, dans « Allongés sous les vagues », Renaud revient à ses vieux jeux de mots (« pas que beau, paquebot ») et détruit les vacances typiques club-med (comme il l’avait fait dans « Le retour de la Pépette »). Mais ce n’est qu’un prétexte pour écrire une chanson, se mettre à la place du chanteur / compositeur et dire tout ce qu’il pense du music-business. A ce titre le dialogue entre le chanteur et son producteur par dessus le solo final est hilarant.

Sur « Socialiste » (chanson poétique et révolutionnaire dixit l’artiste), tout y passe, de la critique des partis politiques français à celle des hommes soit-disant de gauche (Bernard Tapie, Guy Bedos). Même les dentistes en prennent gentiment pour leur grade : « Et détestait les dentistes / Ah bon ? / Ouais ouais / Pourquoi ? / Ca fait mal. ». Un morceau réussi, autant au niveau de l’humour que de la mélodie, simple et fraiche, comme l’amour de Renaud pour les manifs protestataires.

Sur l’air de « What The World Needs Now Is Love » de Burt Bacharach, Hal David et Jackie De Shannon, Renaud réaffirme dans « Petite » que son combat est éternel, et qu’il appartient à la jeunesse de le continuer, en France et ailleurs.

Le 19 juin 1986, Coluche meurt dans un accident de moto face à un camion. Parrain de Lolita et grand ami de Renaud, sa mort fait beaucoup de mal au chanteur, qui lui dédie ici le dernier morceau, « Putain de camion ».

« Putain de camion » est un album en demi-teintes pour Renaud, premier d’une série où c’est avant tout la mélancolie et non plus la hargne qui est mise en avant.

La mort de Coluche est peut-etre en partie responsable de ce changement chez le compositeur, qui en a assez de voir partir les meilleurs, alors que les problèmes et les corrompus demeurent.

Malgré cette mélancolie, l’humour redevient très présent dans les textes, alors que l’album précédent (« Mistral gagnant » paru en 1985) s’était éloigné de ce style. Mais les albums suivants ne verront quasiment plus pointer cet humour tendre mais dévastateur.

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