Une journée rouge

Comme j'étais contente ce matin là de m'être levée si tôt. Nous partions en vacances. Dans le coffre, Papa avait pris soin de bien mettre mon seau, ma pelle et mon râteau. Papa m'avait dit que le trajet serait long, mais je savais qu'au bout il y avait la mer... Alors je me suis occupée. J'ai un peu embêté ma soeur qui, à mes côtés, ne faisait que dormir, J'ai joué avec papa et maman au jeu des couleurs. Il fallait trouver le plus rapidement possible un objet d'une certaine couleur. Cela m'occupait, car elle était loin cette mer... Il y avait du monde sur la route. A la radio ils parlaient d'une journée rouge. Papa m'avait expliqué que «rouge» voulait dire beaucoup de monde sur la route. Et donc beaucoup d'embouteillages. «Papa c'est quand qu'on arrive ?» Je n'en voyais pas le bout. J'ai fini par m'endormir en ce jour rouge.

Un choc violent à la tête m'a fait ouvrir les yeux. Ma soeur dormait toujours, Maman et papa avaient la tête penchée en avant. Hé hé, papa réveille toi, Maman réveille toi. S'il vous plait répondez moi. Je me suis mise à pleurer, Ma tête me faisait mal Mais surtout mon coeur me faisait mal... Des gens couraient dans tous les sens, J'entendais des cris, des pleurs. Un camion rouge est arrivé, Papa avait dit que c'était un jour rouge il ne s'était pas trompé. Sur les genoux de papa et maman il y avait plein de rouge, Sur le carreau devant eux aussi... Il y avait aussi une voiture sur le capot de notre voiture. Papa s'il te plait explique moi... Pourquoi j'ai si mal, Pourquoi vous ne répondez pas, Pourquoi tous ces gens courent, crient, pleurent... ? Le monsieur du camion rouge est venu vers notre belle voiture toute neuve, Il a essayé d'ouvrir la porte de papa, elle ne s'ouvrait pas. Celle de maman non plus... Pourtant elles s'ouvraient ces portes il y encore quelques heures. Le monsieur du camion rouge a ouvert ma porte, A détaché ma ceinture, M'a pris dans les bras et m'a emmenée... Par-dessus son épaule j'ai compris ce que c'est un jour rouge. Des gens allongés par terre, des voitures cassées, Des cries, des hurlements, Des morts... J'ai vu aussi cette grosse machine découper notre voiture... Sur une table à roulettes, mon papa et ma maman ont été déposés. Ma soeur elle, elle hurlait... Le monsieur m'a mis les mains sur les yeux et m'a dit «ce n'est pas un spectacle pour une petite fille ». J'avais tant de choses à lui demander à ce monsieur... Mais, j'avais bien trop mal. La seule chose dont je me souvienne c'est mon corps posé sur une table à roulettes dans un camion rouge. Quand je me suis réveillée, je n'ai vu que des lueurs blanches courir partout et je me souviens d'une voix « vite docteur, elle se revient à elle ». Petit à petit le monde qui m'entourait arrêtait de tourner et j'ai deviné des visages étrangers au dessus de moi. Il y avait aussi des fils partout, dont un tout rouge... A côté de moi il y avait un petit corps allongé sous une couverture. Des bouclettes blondes m'ont laissé deviner que c'était ma petite soeur... Ouf je ne suis pas seule. Mais « PAPA... MAMAM... » Chut ma petite, une dame va venir t'expliquer... Je me suis mise à sangloter, en me rappelant cette grosse machine qui découpait notre voiture, puis en me rappelant papa et maman sur cette table à roulettes. « Je veux voir maman et papa, où sont ils ? Je veux les voir » Une dame vêtue de jaune avec un nez rouge m'a expliqué que Nous avions eu un grave accident et que papa avait eu beaucoup de chance parce qu'il n'avait que mal à sa tête et que maman était endormie... « Pourquoi ma maman elle dort ? Je veux la voir ».

carcasse de 2CV
Carcasse de 2CV

Sur ma table à roulettes j'ai traversé plein de salles toutes froides, J'ai pris plein d'ascenseurs. J'ai enfin pu voir papa... il avait plein de fils branchés partout, Il avait un gros pansement sur la tête, Mais surtout pourquoi il était la dedans ? «Je veux lui faire un bisou» «non tu ne peux pas, il faut le laisser se reposer» Ma petite main lui a fait un petit coucou, et je me suis mise à pleurer... Les dames n'ont pas voulu m'emmener voir maman... «Elle dort très fort ta maman» Moi aussi je me suis endormie, ma tête me faisait trop mal, Mon coeur avait trop mal... Mon corps, ma tête faisaient Boum Boum... J'avais mal... Je me suis réveillée dans une petite chambre, Une fois encore ma tête tournait. Il y avait encore des gens au dessus de moi, Mais cette fois je les connaissais... Tata, tonton mais que faîtes-vous là. Qui vous a dit que nous étions là ? Tata pleurait... Mes yeux se sont posés sur le petit lit à côté, Ma soeur y dormait avec un pansement sur la tête... « Tonton, pourquoi tata pleure-elle ?? Tonton s'est lui aussi mis à pleurer... Mais pourquoi personne ne veut me dire ? Alors j'attendais, j'attendais... J'ai attendu longtemps comme cela. Puis, un matin, J'ai vu mon papa... j'ai touché mon papa, j'ai embrassé mon papa. Quel bonheur... Pourtant mon papa pleurait... Pourquoi n'était-il pas heureux de me revoir mon papa ? Mais non, mon papa pleurait parce que ma maman allait mourir... NON, pas ma maman. «Où elle est maman ? Je veux lui faire des bisous à maman et lui dire que je l'aime» «Tu sais nous l'aimons tous mais maman souffre de trop...» «Je t'emmènerai tout à l'heure, nous irons lui dire combien nous l'aimons» Elle est là devant mes yeux ma maman... Elle est toute blanche, elle a des fils partout. Et une machine qui fait bip bip. Mon papa lui prend la main et lui dit «je t'aime, mais je ne veux pas que tu souffres» Nous pleurons tous les deux... Je fais un bisou à ma maman et lui dit aussi que je l'aime. Je ne dors plus la nuit, Je veille sur ma soeur qui, elle dort toujours. S'il te plait réveille toi, ne me laisse pas ... La dame en blanc m'explique qu'elle se réveillera quand sa tête lui fera moins mal. Mais, maman aussi a mal et papa dit qu'elle ne se réveillera pas. Je vais voir maman tous les jours. Papa reste à côté de maman, même la nuit. Moi aussi j'aimerai bien mais la dame en blanc ne veut pas... La dame en blanc elle est méchante, Elle fait mal à ma soeur en lui retirant son pansement, Elle me fait mal à moi aussi, mais je ne dis rien. Car je suis sure que maman souffre plus que moi et elle, elle ne dit rien... Tata m'achète des barbies, Je ne joue pas avec, Je n'ai que 6 ans mais n'ai pas envie de jouer... Je passe de plus en plus de temps avec papa auprès de maman, Papa dit qu'elle va mieux. Mais je le connais mon papa, il doit dire cela pour me rassurer... Pourtant, le docteur aussi dit « qu'il y a un espoir ». Papa m'explique que l'espoir c'est que maman ouvre les yeux, malgré sa souffrance. Je me suis accrochée à cet espoir. Tous les jours je racontais des histoires drôles à maman, Tous les jours je lui faisais des chatouilles, Tous les jours je regardais son visage, Tous les jours je guettais la moindre expression sur son visage. Puis un jour elle a ouvert sa main... Un autre jour elle a ouvert ses yeux... Et enfin, la machine qui faisait bip bip ne servait plus à rien. Maman avait toujours mal, Mais maman était là. Maman souriait, Maman vivait...

Une journée rouge à cause d'un chauffard qui voulait aller plus vite que tout le monde Une journée rouge où j'aurais pu perdre toute ma famille Une journée rouge où la petite fille dans la voiture d'à côté a perdu la vie...

Ce texte a été trouvé sur Internet signé simplement par "Peg125".

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